À propos

Pourquoi Lung Coach ? Parce que les lieux qui comptent ne s’inventent pas en ligne

Douze ans à pousser les portes des bars, des saunas, des associations et des soirées où les personnes trans se retrouvent. Douze ans à noter les adresses qui tiennent leurs promesses – et celles qui les trahissent. Lung Coach, c’est le résultat de ces allers-retours entre le terrain et le clavier : un guide qui ne se contente pas de lister des lieux, mais qui raconte ce qui s’y passe vraiment. Pas de jargon, pas de raccourcis. Juste des faits, des visages, et des réponses à une question simple : où est-ce qu’on se sent bien, ici ?

Comment tout a commencé dans un local associatif de Lyon

En 2012, je passais mes jeudis soirs dans un local exigu de la Croix-Rousse, à distribuer du café et des préservatifs à des mecs trans qui sortaient à peine de chez eux. Le local s’appelait Le 360, et c’était l’un des rares endroits où on pouvait poser ses clés sans craindre un regard de travers. À l’époque, les guides LGBTQ+ existaient, mais ils parlaient rarement des espaces vraiment trans – ceux où on ne se contente pas d’être toléré, mais où on est attendu. J’ai commencé à noter les adresses sur des Post-it, puis dans un carnet Moleskine que je trimballe encore. Ces notes sont devenues des articles, puis ce site.

Pourquoi ce local lyonnais a-t-il marqué le début de tout ? Parce qu’il m’a appris une chose : les lieux qui comptent ne sont pas ceux qu’on trouve en trois clics sur Google. Ce sont ceux où quelqu’un vous tend un verre en disant ‘T’es nouveau, hein ?’ avant même que vous ayez ouvert la bouche. Où le barman connaît votre prénom avant votre genre. Où la porte reste ouverte après minuit, même si vous êtes seul·e. Ces détails, personne ne les mentionne dans les descriptions officielles. Alors j’ai décidé de le faire.

Ce que Lung Coach apporte de différent : la preuve par le terrain

La plupart des guides se contentent de recopier les avis Google ou les descriptions des sites. Moi, je vais sur place. Je discute avec les gérants – pas en cinq minutes entre deux portes, mais en prenant un verre avec eux après le service. Je traîne aux heures creuses pour voir comment on accueille les nouveaux. Je note les petits riens qui font la différence : le distributeur de protections périodiques dans les toilettes des femmes, la playlist qui évite les tubes transphobes, la façon dont on vous présente aux autres sans vous outer malgré vous.

Prenez Le Comptoir Général à Paris. Sur le papier, c’est un bar à cocktails avec une clientèle mixte. En réalité, c’est l’un des rares endroits où des meufs trans racisées viennent systématiquement le vendredi, parce que la gérante a fait passer le mot dans les réseaux afro-queer. Comment je le sais ? Parce que je l’ai vue le faire, un soir de mars 2023, en glissant des flyers dans les mains de trois nanas qui hésitaient sur le trottoir. Ces choses-là, aucun algorithme ne les capte. Alors je les écris.

Comment on sélectionne les lieux : trois règles, zéro compromis

Première règle : j’y vais. Pas de lieu listé sans au moins une visite en personne, de jour comme de nuit. Je teste les horaires annoncés, je vérifie que les toilettes non genrées existent vraiment (pas juste sur le site), je note si le staff sait gérer un coming out improvisé. Deuxième règle : je croise les sources. Un avis Google élogieux ? Je demande à trois habitués si c’est toujours vrai. Un bar qui se dit safe ? Je traîne jusqu’à 2h du matin pour voir si l’ambiance tient la route. Troisième règle : je mets à jour. Un lieu qui change de gérant ou de politique ? Je le retire en 48h. Un nouveau spot qui émerge ? Je le teste en priorité.

Pourquoi cette rigueur ? Parce que les erreurs se paient cher. En 2021, j’ai recommandé un sauna lyonnais dans un article. Trois mois plus tard, des témoignages m’ont alertée : le nouveau proprio faisait des remarques sur les corps des clientes trans. J’ai retiré le lieu du guide et j’ai écrit un correctif. Depuis, je note systématiquement la date de ma dernière visite sur chaque fiche. La transparence, c’est la seule façon de garder la confiance.

À qui s’adresse ce guide ? Pas aux touristes, mais à ceux qui cherchent un chez-soi

Lung Coach n’est pas fait pour les gens qui veulent voir des personnes trans, comme on visite un zoo. Il est fait pour celles et ceux qui en ont marre de se sentir observés, jugés, ou pire : invisibles. Pour le mec trans qui débarque à Lille et qui ne sait pas où boire un verre sans se faire demander ‘C’est quoi ton vrai prénom ?’. Pour la meuf trans qui cherche une salle de sport où on ne la regarde pas comme une bête curieuse quand elle enlève son t-shirt. Pour le couple non-binaire qui veut danser sans se faire séparer par un videur zélé.

Est-ce que ce guide est pour vous ? Posez-vous cette question : quand vous entrez dans un lieu, est-ce que vous cherchez un miroir ou une porte ? Si c’est une porte, vous êtes au bon endroit. Les miroirs, il y en a assez ailleurs.

L’indépendance, ou comment éviter de devenir un panneau publicitaire

En 2024, une marque de lubrifiant m’a proposé 2000 euros pour ‘mettre en avant’ trois saunas parisiens dans le guide. J’ai refusé. Pas par principe, mais parce que j’ai vu ce que ça donne quand un site dépend des partenariats : des descriptions aseptisées, des lieux surévalués, et des silences gênés quand un endroit dérape. Lung Coach ne vit pas de pubs. Il vit des abonnements (5 euros/mois, annulables en un clic) et des dons. Ça limite les moyens, mais ça garantit une chose : personne ne me dicte ce que je dois écrire.

Pourquoi c’est important ? Parce que les lieux trans-friendly ferment aussi vite qu’ils ouvrent. Un bar qui marche aujourd’hui peut virer transphobe demain, juste parce qu’un nouveau gérant a décidé que ‘les clientes trans faisaient fuir la clientèle hétéro’. Si je dépendais de leurs subventions, je devrais choisir entre mon intégrité et ma survie. Là, je peux écrire ‘Ce lieu a changé, évitez-le’ sans craindre de perdre mon salaire. C’est aussi simple – et aussi crucial – que ça.

Ce qui change ici : des lieux, mais aussi des histoires

Un guide, c’est d’abord une liste d’adresses. Mais Lung Coach, c’est aussi des histoires. Celle de La Mutinerie à Paris, un squat devenu bar lesbien où des meufs trans ont monté des ateliers d’autodéfense. Celle du Café Zoïde à Nantes, où une association organise des ‘soirées silence’ pour les personnes autistes et trans. Celle du Hammam de la Rose à Marseille, où les travailleuses du sexe trans viennent se reposer entre deux passes, parce que la gérante leur offre le thé et ne pose pas de questions.

Pourquoi raconter ces histoires ? Parce qu’un lieu, ce n’est pas qu’un nom et une adresse. C’est une équipe qui décide de mettre des pronoms sur les badges. C’est une playlist qui passe Sylvester un vendredi soir. C’est une porte qui reste ouverte quand il pleut. Ces détails, je les note parce qu’ils sauvent des vies – ou au moins des soirées. Et si vous ne me croyez pas, allez vérifier. Je vous attends là-bas.